Le Reliquaire, bijoux historiques et décandents

Juin 13, 2014 | Découvertes | 11 commentaires

Anne-Sophie est créatrice et depuis peu à la tête de sa propre marque Le Reliquaire. Férue d’art et d’histoire, elle imagine et crée des bijoux qu’elle définit elle-même comme “historiques et décadents“.

travail en cours

Bonjour. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs du blog ?

A l’image de ma mère, j’ai toujours aimé dessiner, créer, peindre, malmener outils et objets jusqu’à leur faire dire quelque chose de moi et de mon point  de vue sur le monde. Et cette vilaine manie se trouve encouragée par une perpétuelle insatisfaction, un sentiment que l’objet ou l’image précise que je cherche, que j’ai imaginé et chéri, ne saurait se rencontrer dans le monde entier et qu’il me faut donc passer à l’acte. Bref, j’ai la mégalomanie créative.

D’ateliers de peinture sur porcelaine en cours de dessin et initiation à la mosaïque jusqu’à l’option Arts Plastiques au baccalauréat, j’ai essayé de développer un minimum de connaissances techniques tout en me découvrant un goût certain pour l’histoire de l’art et ce n’est pas mon père architecte qui m’aurait détournée de ce chemin.

Une dizaine d’années d’étude plus tard, diplômes en poche, me voilà face à un dilemme : me morfondre en quête d’un CDI en lien avec mon cursus dont la possibilité s’éloignait de jour en jour ou bien prendre le taureau par les cornes et tenter ma chance en renouant avec mes premières amours.

Pouvez-vous nous raconter l’histoire de votre marque et du choix de son nom ?

Ici encore, c’est ma chère maman qui m’a aidée à franchir le pas pour m’installer comme créatrice de bijoux fantaisie.
Pour tester la Bête, à savoir moi vs le commerce mondial, j’ai commencé par créer des bijoux selon mes goûts, sans me soucier encore de marché cible, de marketing ou de calibrage de produits. J’avais avant tout besoin de perfectionner mes techniques, ma méthodologie de travail et de connaître les outils de vente et de communication que j’avais à disposition.

Boucles d'oreille Hellebore par Le Reliquaire

J’ai ouvert ma toute première boutique en ligne avec l’aide de ma mère, qui conçoit elle-même de ravissants bijoux, et qui m’a encouragé à persévérer tout en me prodiguant ses conseils.

Le nom de ma marque s’est imposé de lui-même et m’a séduit par ses sonorités surannées et l’imaginaire très “XIXe poéticodécadent” qu’il véhicule.
Ce nom, “Le Reliquaire”, confère à l‘espace de vente (qu’il soit virtuel ou non) un rôle d’un coffre à bijoux, à mi-chemin du boudoir décrépit et du tabernacle. Grâce à lui, mes créations se trouvent comme enveloppée d’une aura de préciosité et de rareté tout à fait délicieuse !
Enfin, il présente l’intérêt d’allier l’esthétique médiévale, ou du moins l’historicisme, au macabre et à la tradition des memento mori.

Après quelques mois d’entraînement, j’ai fini par voler de mes propres ailes, travaillant davantage les styles historiques, en particulier médiévaux et antiques, ce aussi bien par goût que par lucidité commerciale.
J’avais, en effet, jusqu’alors privilégié les ambiances “gothique victorien” et “macabre à la mexicaine” mais mon offre avait besoin de diversité pour toucher une plus large clientèle. Les exigences de rentabilité et le challenge du commerce me faisant de plus en plus de clins d’oeil, j’ai décidé de propulser Le Reliquaire dans la cours des grands en devenant professionnel.

Boucles d'oreille Lacryma par Le Reliquaire


Où trouvez-vous votre inspiration ?

 
“Rien ne se perd. Rien ne se crée. Tout se transforme”. La formule s’applique aussi à la création artisanale et à la conception de bijoux.
J’ai toujours pensé qu’en matière de forme, d’équilibre des volumes ou encore d’alliance des couleurs, les œuvres du passé sont une source intarissable d’inspiration. La création que nous autres, artistes et artisans pratiquons, ne naît pas ex nihilo et nos innovations ne sont jamais que des variations sur des thèmes et des motifs ancestraux.
Alors, pour nourrir mon cerveau et mes mains en quête de nouveauté, j’observe, je me documente, je hante les musées et les catalogues de collections en ligne à la recherche d’un objet ou d’un détail à transposer dans mon travail. L’archéologie gréco-romaine, l’orfèvrerie médiévale ou plus récemment les arts du deuil victorien ou encore l’Art Nouveau sont autant d’univers dans lesquels j’aime à me plonger pour alimenter mes recherches.

Mais l’inspiration n’est pas toujours qu’une histoire d’imitation. Elle tient parfois du désir de donner vie aux idées et aux vagues ombres qui traînent ça et là dans nos caboches. J’ai, par exemple, tendance à créer un bijou à partir d’un modèle de femme, ou du moins d’un certain aspect de la féminité. Nymphe ou déesse, sorcière ou reine noire, héroïne de roman ou muse du poète, l’une ou l’autre de ces figures m’accompagne tout au long du processus de création, depuis la définition du modèle jusqu’au choix des matériaux et à la description de l’objet.

parure Bryant Park par Le Reliquaire

boucles d'oreille Khépri par Le Reliquaire

 

Comment s’organise votre journée de travail ?

Inscrite depuis peu en tant que professionnel, je consacre une large partie de mon temps au développement de mon réseau, à la construction de mon identité visuelle, à la mise en oeuvre de stratégies marketing et autres tâches certes périphériques, mais somme toute essentielles au bon développement de mon activité.
Pratiquement, cela suppose de longues heures assise derrière mon écran à mettre à jour mes sites et blogs ainsi que mes boutiques en ligne, à asseoir ma présence dans les réseaux sociaux et sur le Net, à gérer mes commandes clients ou encore à développer des partenariats avec d’autres créateurs.

Ce n’est donc que dans un second, l’esprit libéré des affaires courantes, que je peux m’installer à ma table de travail, armée de mes pinces et de tout mon enthousiasme.
Si une séance de travail s’organise toujours suivant les mêmes étapes (préparation du matériel, choix des fournitures, mise en oeuvre, rangement, etc.) il peut cependant m’arriver de travailler aussi bien à partir d’un modèle conçu en amont, avec croquis à l’appui, que de tâtonner pour développer un bijou à partir d’une pièce, perle, cabochon ou breloque, sur laquelle j’ai jeté mon dévolu.

Dans l'atelier du Reliquaire

Quels sont les avantages/inconvénients de votre statut de chef d’entreprise ?

Il est bien entendu que ce statut d’auto-entrepreneur présente l’intérêt majeur de faire de vous votre propre patron. Ce qui, a priori, peut sembler alléchant mais qui se révèle une sacré épée de Damoclès.
L’auto-entreprenariat ne supporte ni la dépression ni le dilettantisme et encore moins insouciance. Il suppose un investissement quotidien et devient vite chronophage, d’autant plus si l’on travaille chez soi.
J’ai aujourd’hui encore beaucoup de difficultés à me poser des limites, à décider qu’il est à présent l’heure de poser mes outils pour me consacrer à ma vie privée. Il y a toujours un mail à envoyer, un colis à préparer, une idée de visuel à mettre en oeuvre.
Et cet enthousiasme peut très bien vous dévorez tout cru et finir par vous pousser à la saturation sans espoir de retour.

Et face à cette solitude, certes propice à la création mais potentiellement néfaste, l’autoentrepreneur n’a pas beaucoup de solutions, sinon la force de caractère et la communauté des créateurs. S’entraider, partager ses expériences, mutualiser les outils promotionnels, organiser des manifestations conjointes sont autant d’opportunités et de soutiens qu’offre le développement d’un véritable réseau de créateurs.

collier Temperentia par Le Reliquaire

Si c’était à refaire ?

Je pense que les choses se dérouleraient suivant la même chronologie mais j’essaierais de mettre plus rapidement un terme à mes doutes et à mes hésitations quant à l’aventure de l’autoentrepreunariat.

Pour finir, quel conseil donneriez-vous à quelqu’un qui souhaite se lancer dans l’entreprenariat créatif ?

Je lui dirais avant tout de bien s’interroger sur la qualité et le potentiel commercial de ses créations. Comme dirait la sagesse populaire “Ce n’est pas parce que l’on peut que l’on doit” et la multiplication des plateformes de vente en ligne comme la facilité toujours accrue du e-commerce ne doivent pas empêcher de s’interroger sur la valeur réelle de ses produits.
S’épargner cette honnêteté intellectuelle ou un approfondissement de ses idées, c’est s’exposer d’autant plus à l’échec et à la frustration. Le e-commerce florissant du “fait-main” est un miroir aux alouettes qui fait beaucoup d’appelés et peu d’élus, sachant que pour ma part, je m’estime être encore dans la première catégorie.

Enfin, pour terminer sur une note plus positive, je dirai que lorsque l’on débute sur le chemin du commerce et de l’auto-entreprenariat, on a tout à apprendre de ses pairs et qu’il est plus que profitable d’observer les méthodes de chacun, de prendre en considération leurs avis si variés qu’ils soient, et de se faire connaître et reconnaître au sein d’une communauté, aussi bien via les réseaux sociaux que par les forums spécialisés ou prises de contact direct, en boutique ou lors de manifestations.

Pour découvrir l’univers du Reliquaire, c’est par ici :

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Le Reliquaire-logo

Photos : ©Le Reliquaire

 

 

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